Politiques 08/02/2010 à 18h41

Identité nationale: Fillon veut apaiser le débat sans l'enterrer

Le Premier ministre a convoqué un séminaire gouvernemental pour faire un «point d'étape» sur l'initiative très controversée d'Eric Besson. Outre un premier lot de mesures, il a annoncé la mise en place d'une «commission de personnalités».

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LAURE EQUY

Le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, Eric Besson, et le Premier ministre,

Le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, Eric Besson, et le Premier ministre, François Fillon, ce lundi à Matignon, pour le séminaire gouvernemental sur l'identité nationale. (Benoit Tessier / Reuters)

Trente ministres pour un enterrement? A l’issue du séminaire gouvernemental qu’il avait convoqué, ce lundi, François Fillon a décliné une première série de mesures (à lire ici) issues du sulfureux débat sur l’identité nationale. «Je dis bien: "première"», appuie le Premier ministre, flanqué du porte-parole du gouvernement, Luc Chatel (Education) et de son ministre de l’Immigration et de l’identité nationale, Eric Besson. Ne pas donner l’impression d’en finir et promettre la réanimation prochaine du débat.

La question de l’identité nationale aurait, selon Fillon, «vocation a être débattue dans la durée, de façon naturelle, sereine, non partisane». Mais, de fait, son gouvernement va marquer une pause: «La phase d’interrogations, de consultations, de débats est close», a-t-il noté. Tout en s’empressant d’indiquer les prochains rendez-vous: un second séminaire gouvernemental pour «évaluer les premières pistes» et la mise en place d’une «commission de personnalités», composée de parlementaires et d’intellectuels, notamment d'historiens, chargé aussi d’«évaluer» et de plancher, à son tour, sur de nouvelles mesures.

Sarkozy s'exprimera en avril 

Dans un début d’esquisse de mea culpa-du-bout-des-lèvres, Eric Besson avait regretté, la semaine dernière, de n’avoir pas «créé, dès le début, un comité des sages ou un comité d’orientation».

Surtout, le Premier ministre a annoncé un discours du président de la République, «en avril», soit après les élections régionales. Et rappelé, au passage, que l’identité française figurait «au coeur» de la campagne du candidat Sarkozy.

S’il avait dû faire une croix sur son grand colloque, initialement prévu avec Nicolas Sarkozy en guest star, Eric Besson s’était félicité, ce matin, de la formule «séminaire», «un honneur», asure-t-il. Façon d’embarquer tous ses camarades dans la même galère.

Quelle galère? Vantant le pilotage du débat, «avec beaucoup de courage et de générosité», par son ministre de l’Immigration, Fillon réécrit l’histoire de cette initiative lancée le 25 octobre dernier: «un débat extrêmement riche, légitime» sur un «sujet essentiel et trop longtemps esquivé». Conjugue: j’assume, Eric Besson assume, «nous assumons le choix de débattre avec les Français». «Qui peut regretter d’avoir donné la parole aux citoyens?» Y voit d’ailleurs un «succès populaire», riche, selon lui, de 340 réunions et de 58.000 contributions (sur le site débatidentiténationale.fr). Le tout pour une conclusion pas franchement ébouriffante: «les Français souhaitent mieux vivre ensemble» et font part d’«une profonde demande d’unité et d’identité nationales».

«Il y a eu quelques dérapages»

Qui des sorties de route en série qui ont ponctué ces discussions? «On ne peut pas parler de défoulement», rectifie le Premier ministre, qui minimise: «Il y a eu quelques dérapages, je les ai condamnés , quelle que soit l’origine de ces dérapages.»

Une lecture angélique que sont loin de partager les militants de SOS Racisme, venus manifester aux abords de Matignon. Président de l’association, Dominique Sopo, coiffé d’un béret et baguette sous le bras, pour moquer la «conception figée et muséifiée de l’identité nationale» par Besson, dénonce les dégâts du débat: «logique de stigmatisation et de bouc émissaire», «libération de la parole raciste», relégation des «vrais sujets» dont la question des discriminations - qui ne figure d’ailleurs pas au menu de cette première série de mesures. Et, réitérant son appel publié en décembre dans Libération, réclame qu’«un terme soit mis à ce débat nauséabond».

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