Société 08/02/2010 à 18h01

«Parfois quand je fais cours, je ferme la porte à double tour»

REPORTAGE

Les enseignants du lycée de Vitry-sur-Seine, où un élève a été agressé la semaine dernière, continuent leur combat pour obtenir le doublement du nombre de surveillants.

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Thomas Hofnung avec AFP

Des élèves du lycée Adolphe-Chérioux de Vitry-sur-Seine manifestent, le 8 février 2010, devant

Des élèves du lycée Adolphe-Chérioux de Vitry-sur-Seine manifestent, le 8 février 2010, devant le rectorat de Créteil. (AFP Jacques Demarthon)

Les rappels à l'ordre du ministre de l'Education Luc Chatel n'y font rien. Les enseignants du lycée Adolphe-Chérioux, à Vitry-sur-Seine, refusent de reprendre les cours depuis l'agression au couteau d'un élève mardi dernier. Faisant valoir leur droit de retrait, ils réclament de meilleures conditions de sécurité.

Profs, surveillants, lycéens et parents d'élèves, ils étaient une centaine devant l'académie de Créteil ce lundi midi. «Le ministre dit que nous sommes grévistes, mais nous ne réclamons pas des augmentations de salaires! On veut travailler en mettant en sécurité nos élèves», lance Sandrine Dumercq, prof d'espagnol.

Depuis une semaine, leur revendication n'a pas bougé d'un iota: le doublement du nombre des surveillants (11 pour 1.500 élèves à l'heure actuelle). «Nous ne comprenons pas pourquoi le rectorat s'obstine à nous proposer des médiateurs de réussite scolaire (une fonction créée pour lutter contre l'absentéisme, ndlr) au lieu des postes d'assistants d'éducation (surveillants, ndlr) que nous réclamons», regrettent les profs dans un communiqué, qualifiant de «gadget» les dernières offres qui leur ont été faites.

Le rectorat de Créteil, où une délégation d'enseignants a été reçue lundi, propose de nommer six médiateurs et trois surveillants supplémentaires et d'envoyer sur place un directeur des ressources humaines pour évaluer la situation. Un nouveau rassemblement est prévu mardi, à 11 heures, devant le ministère de l'Education pour obtenir une audience avec Luc Chatel.

Bras de fer avec le ministre

Dimanche, sur France 5, le ministre a appelé les profs à retourner en classe, annonçant qu'à compter de vendredi, ces arrêts de travail seraient considérés comme des journées de grève, et seraient donc non-payés.

«J'ai des élèves de terminale, nous ne sommes pas irresponsables en décidant de cesser les cours. Nous voulons que nos élèves soient en sécurité», insiste Marion Rasch, prof de physique-chimie depuis 20 ans.

Elle raconte : «Parfois, quand je fais cours, je ferme la porte à double tour par mesure de précaution. Un de mes collègues, prof de chimie, a un jour vu débouler des jeunes qui se sont emparés du premier produit qu'ils ont trouvé avant de le balancer à travers la classe. Heureusement, ce n'était que de l'eau salée...»

Venus soutenir ses profs, Cécilia, en seconde, confie : «A la nuit tombée, je ne circule jamais seule. N'importe qui peut entrer ici, la vidéo-surveillance ne sert à rien. On voit tout le temps de nouvelles têtes dans l'enceinte du lycée, on en parle souvent entre nous.»

S'invitant dans la polémique, Marine Le Pen, la vice-présidente du FN, candidate aux régionales, a proposé dimanche la création d'une «police de protection des lycées, qui pourrait être d'ailleurs financée en partie par le conseil régional». Interrogée sur cette récente agression, elle a «accusé les professeurs de gauche, qui depuis trente ans ont combattu toute forme d'autorité et toute forme de discipline, d'être les responsables de la situation actuelle».

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